LES RENCONTRES DU PARI DE LACAN À BORDEAUX
septembre 26 - 10 h 00 min - 13 h 00 min

Nous nous retrouvons, pour une nouvelle année de travail des Rencontres du Pari à Bordeaux, autour de cette question fondamentale du père : du père œdipien au père réel. Le samedi 26 Septembre 2026 de 10H à 13H à L’Alliance Française 126 Rue Abbé de l’Épée, nous introduisons notre thème.
« Père ! » : de la fiction au réel
Le père, en psychanalyse, a longtemps été une affaire de fiction — fiction nécessaire, fiction efficace, mais fiction tout de même. Le père symbolique de la métaphore paternelle, le père de la horde primitive freudienne, le père mort qui légifère depuis sa disparition : autant de constructions qui font tenir la structure, mais qui ne rencontrent jamais, à proprement parler, un réel.
L’apport décisif de Pierre Bruno, psychanalyste, auteurs de nombreux travaux, est d’avoir su lire chez Jacques Lacan une autre dimension de la fonction paternelle — celle du père réel. Non pas le père imaginaire de l’idéal et de l’identification, non pas le père symbolique du nom et de la loi, mais le père en tant qu’il est le seul agent capable de transmettre une limite celle de la castration — et de la transmettre comme « pas-toute ». C’est là le point nodal : ce que le père réel transmet n’est pas une interdiction, n’est pas une loi universelle, mais une limite qui n’est pas sans exception — une castration qui laisse ouvert un espace pour le désir. C’est par cette transmission-là, et par elle seule, que le désir s’arrache à la mort. Notons cet écart crucial entre Freud et Lacan que Pierre Bruno a su mettre en relief : le réel du père se loge chez un être non pas mort, mais bien vivant, dans son symptôme inanalysable, son désir pour une femme, « sa père-version ».
Nous nous proposons de suivre ce déplacement — de la fiction au réel — dans toute son amplitude clinique et théorique. Il s’agira de reprendre la trajectoire lacanienne de la fonction paternelle, d’y situer l’apport de Pierre Bruno avec la précision qu’il mérite, et d’en mesurer les conséquences pour la pratique : qu’est-ce qu’une analyse qui prend au sérieux le père réel ? Que change-t-il à la direction de la cure ? Que permet-il de recevoir, dans la clinique, que la seule référence au père symbolique laissait sans traitement ?
La fiction a été utile. Le réel est nécessaire.
Dans notre premier temps de 10 à 11H30 ; l’Enseignement : Introduction en 2 temps
– Séverine Chappuis Pédopsychiatre à Bordeaux, interviendra avec son titre : “Du Père de l’Œdipe au Père de la Horde”
Elle abordera ce concept de Père chez Freud pour comprendre comment, de la rivalité œdipienne au meurtre du père de la horde, l’interdit et la culpabilité rendent possible la vie collective. C’est en effet dans L’Interprétation du rêve en 1900 que Freud introduit explicitement le mythe d’Œdipe Roi, de Sophocle, dans sa réflexion psychanalytique. Il y voit dans le destin d’Œdipe, la réalisation de désirs infantiles inconscients. Cette référence devient ensuite le point de départ du complexe d’Œdipe qui est l’attachement amoureux envers le parent de sexe opposé et une relation ambivalente envers le parent du même sexe. Puis Freud réélaborera cela dans Totem et Tabou, en 1912-1913, autour du mythe qu’il imagine du meurtre du père de la horde. Les fils ayant tués le père tout puissant, ils éprouvent culpabilité et remords ce qui les conduit au renoncement de leurs désirs et à l’instauration d’interdits. L’enjeu est de montrer que, pour Freud, le Père ne concerne pas seulement la relation familiale mais qu’il devient une clé pour penser l’origine de la loi, du renoncement et du lien social.
– Yamina Salem, psychanalyste à Bègles, interviendra avec son titre : « Quel père opère ? »
C’est avec le Séminaire, Livre IV , « La relation d’objet » (1056-1957), que je commencerai mon propos, je m’y appuierai pour articuler clinique et théorie. La question du père y est prépondérante. Lacan y déplie via l’analyse du petit Hans et sa phobie du cheval, une triade cruciale Frustration/Privation/Castration, préfiguration d’un nouage autour de trois formes de manques, symbolique, imaginaire et réel. Chacune liée à un objet, impliquant à chaque fois l’agent princeps qu’est le père. Lacan reprend et affine ici la notion forgée dans le Séminaire précédent, Livre III, « Les Psychoses » (1955-1956), celle du Nom du Père.
Dans la clinique que je propose avec ce que l’on peut nommer comme des expériences cliniques, expériences que j’ai choisies à partir du cinéma, d’abord, avec le film ” Marcello mio ” de Christophe Honoré (2024). Je suivrai là , Chiara dans son propre rôle ; Chiara Mastroianni aux prises avec la mort de son illustre père. Je continuerai avec des expériences de ma pratique, en suivant Gabriella et Nina, pour y repérer avec votre concours, quel père y opère ?
Dans notre deuxième temps de 11H30 à 13H ; Quartier Libre :
Nous accueillerons Philippe Bruno, artiste, poète, établi à Bordeaux, il présente ses créations intimes et textuelles à la Bakery Art Gallery. Après la Réconciliation, lecture performance par Nathalie Vannereau, qu’il nous a présenté l’année dernière, il nous accorde de nouveau le privilège de venir nous présenter sa nouvelle performance sur une œuvre cinématographique majeure de de la célèbre réalisatrice belge Chantal Akerman, autour de son film Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, souvent désigné sous le seul titre régulièrement de Jeanne Dielman. Ce film est considéré comme l’un des films les plus importants de la réalisatrice et des années 70. Durant une année, le Jeu de Paume (musée) de septembre 2024 à janvier 2025, lui a rendu hommage à travers une formidable exposition réalisée avec le Palais Beaux-Arts de Bruxelles. ( à voir Sur le site du Jeu de Paume)
Les Rencontres sont ouvertes à toutes et à tous.
Renseignements : salem.yamina@neuf.fr
Dates à venir :
INFORMATION : Nous vous invitons également à la présentation du livre « Sous le bois sacré de l’art » Édition de l’insu, de Pierre Bergounioux et Florence Briolais à La Machine à Musique-Lignerolles, 13-15 rue du Parlement Sainte Catherine, la 12 septembre 2026 à 11H, à Bordeaux.
